Les soldats tchadiens, tunique blanche et fusil en main, ont semblé ne jamais vouloir quitter la place de la Concorde, esquissant des pas de danse tout en enchaînant les demi-tours de ceux qui n'ont pas envie de quitter la fête.
" La pluie a frappé la France, pas l'Afrique ! ", s'est amusé un journaliste africain. Installés dans la tribune de presse " Ville de Brest ", face au président Nicolas Sarkozy et aux treize chefs d'Etat présents, les médias du continent étaient nombreux à couvrir l'événement. " Salut, tu es d'où ? - Mali. - Ah ! Moi, c'est Togo. " Ils finiront solidairement serrés sous de rares parapluies, leurs caméras mal protégées par leurs vestons bons à essorer, chemises collées au torse.
Sur cette participation controversée au défilé des contingents et des anciens combattants africains à l'occasion du 50e anniversaire des indépendances des possessions françaises, " nous resterons divisés ", souligne Noël Ndong, des Dépêches de Brazzaville, un quotidien congolais. " Quelques pays africains ont célébré le cinquantenaire, mais le chef de l'Etat français n'y a pas participé. Depuis 2007, Nicolas Sarkozy n'a fait que des visites furtives, il y a un problème de réciprocité. " Mais, ajoute-t-il, " il ne faut pas condamner ces retrouvailles ". " On ne va pas arrêter de parler de ce qui s'est passé, ajoute Mahamadou Kone, de l'ORTM, la radio-télévision du Mali. Les gens sont intéressés par l'événement. Ils pardonnent mais n'oublient pas. "
" Dépassionner les débats "
" Au-delà de la polémique politique, il existe une fraternité d'armes ", note un représentant de la presse d'Etat togolaise qui a accompagné le président Faure Gnassingbé à l'Elysée, et préfère garder l'anonymat. " Une bonne partie de nos grands officiers a été formée ici, c'est une occasion de se retrouver. " Ce défilé, c'est " un point de ralliement ". La télévision présidentielle gabonaise, par la voix de Lazo Habourneur, abonde : " Il faut dépassionner les débats, les faits, ce sont treize armées qui se réunissent, des soldats qui sont venus pour faire la fête entre militaires. "
La nouvelle donne vantée par le président Sarkozy ? On veut y croire.
" On attend les résultats ", tempère un journaliste centrafricain.
" On n'est plus liés uniquement à la France, et nous allons vers d'autres partenaires, comme la Chine ", souligne Mahamadou Kone. Pour son homologue gabonais,
" la France et les 14 pays africains qu'elle a colonisés ont intérêt à assumer le passé ", et il faut maintenant
" une coopération décomplexée ". Heureux orage ?
" Voyez, tout va bien, on a lavé le sang de nos ancêtres. "