C'est ce qu'a souligné, lundi 26 juillet, le président mauritanien, Mohammed Ould Abdel Aziz, lors d'une rencontre avec Bernard Kouchner. Le ministre des affaires étrangères français commençait une visite de deux jours auprès des chefs d'Etats du Sahel impliqués dans la lutte contre AQMI : Mauritanie, Mali, Niger.
Quelques heures plus tôt, à Paris, le président de la République française, Nicolas Sarkozy, avait reconnu la mort de Michel Germaneau et demandé " instamment à - ses - compatriotes de renoncer à voyager dans la zone sahélienne ". La visite du ministre s'adressait aussi à la communauté française : " La République n'abandonne jamais ses ressortissants pris en otage ", a-t-il souligné. " La philosophie de la France a toujours été de discuter avec les preneurs d'otages (...) en fixant des lignes ", a précisé le premier ministre, François Fillon, mardi, qui a jugé " inexactes " les informations faisant état d'une décapitation de l'otage français.
Opération d'ampleur
Mais les mois qui viennent " seront nécessairement plus durs ", a aussi mis en garde M. Kouchner. De nouvelles actions contre des Occidentaux sont redoutées après le raid du 22 juillet. " Nous n'avons pas cédé à la facilité en apportant notre soutien à la Mauritanie " dans la lutte contre le terrorisme, a ajouté M. Kouchner.
Le 22 juillet, pour la première fois, les Groupements spéciaux d'intervention mauritaniens, toutes nouvelles unités spécialisées dans le contrôle de zone et la lutte contre le terrorisme, ont pu mesurer leur savoir-faire. Ces unités ont réussi à conduire une opération d'ampleur dans un territoire voisin, le Mali, après un déplacement de 200 km en plein désert, pour détruire une base logistique d'AQMI, au moment où l'organisation terroriste projetait une action importante. Un chef des opérations d'AQMI venu d'Algérie aurait été tué, ainsi qu'un responsable marocain.
L'opération des forces spéciales mauritaniennes, dans laquelle les militaires français se sont " insérés ", a été préparée pendant plusieurs mois avant d'être calée avec Paris le 13 juillet. Les groupements spéciaux sont formés depuis 2008 par des instructeurs français : 450 militaires à ce jour. Ils s'ajoutent aux officiers de l'Ecole interarmes (50 formés par an).
Pour l'armée mauritanienne, le succès efface le drame de Tourine, où 12 militaires avaient été décapités par AQMI en 2008. Depuis lors, des cellules de l'organisation terroriste ont été démantelées ; 70 de ses membres sont incarcérés ; la Mauritanie a mis en place 45 postes-frontières. Des actions militaires nationales devraient se poursuivre.
Mobiles et armés
Il n'est pas exclu, par ailleurs, que la France poursuive les assassins de M. Germaneau, comme la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) l'avait fait jusqu'en Guinée-Bissau pour mettre la main sur ceux qui avaient, le 24 décembre 2007, à Aleg, tué quatre membres de la famille Tollet. " Le crime (...) ne restera pas impuni ", a averti M. Sarkozy.
Mais l'opération du 22 juillet a aussi montré les difficultés de la coopération entre les quatre pays (lgérie, Mauritanie, Mali et Niger) impliqués dans la lutte contre AQMI. La tâche est difficile. Sur un territoire immense, les activistes de l'organisation, estimées à 250, forment des groupes très mobiles et de mieux en mieux armés. Aidés par les chefs touareg, ils se financent en prélevant une dîme sur les routes de la drogue. Leurs cibles potentielles sont nombreuses : par le seul point de passage de Nouadibou, 1 500 Européens entrent chaque mois en Mauritanie.
" La moitié des membres d'AQMI présents dans le nord du Mali ", région où le réseau concentre ses forces - et ses otages -, sont mauritaniens, ditr Jean-Luc Peduzzi, l'attaché de sécurité français. Mais les forces maliennes n'y sont guère présentes. Le président Amadou Toumani Touré avait eu un contact quasi direct avec les ravisseurs de Pierre Camatte, l'otage français libéré en février. Ce lien avait été établi avant que la négociation ne démarre pour M. Camatte, échangé contre quatre islamistes détenus au Mali, décision pour laquelle le pays a essuyé des critiques, de l'Algérie notamment. Dans l'affaire Germaneau, le Mali a été juste tout tenu informé.
L'Algérie, de son côté, prétend au leadership dans la lutte contre AQMI. La plupart des chefs terroristes au Sahel sont algériens. Mais il est reproché à Alger un " double jeu ", selon un diplomate, dans sa relation avec AQMI. Des demandes d'aide du Mali sont restées sans réponse, et le refus de coopérer avec le Maroc bloque tout processus efficace. Après la libération de M. Camatte, une réunion des quatre partenaires s'est tenue à Alger. Parmi les projets, la création d'un centre de commandement à Tamanrasset n'a guère progressé. Paris, dont la diplomatie se sent " un peu seule au Sahel ", dit vouloir convaincre les Européens de s'engager plus avant. Et a demandé des fonds à la Commission européenne. La Grande-Bretagne n'a ouvert une antenne d'ambassade au Mali qu'après la mort de son otage Edwin Dyer.